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Ephèm'arts

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24 janvier 2015

2015 ★ Invincible, d'Angelina Jolie

 

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Only God Forgives

       Les Oscars approchent, et comme chaque début d'année, les grosses productions américaines envahissent les écrans français. Elles apportent dans leur sac leur lot de surprises (Her de Spike Jonze), d'interprétations hors du commun (Matthew McConaughey et Jared Leto dans Dallas Buyers Club) et de films qui marqueront très certainement l'Histoire du cinéma (Twelve Years a Slave). Cependant, cette période prolifique manque parfois un peu de piquant et apparaît plutôt marquée par un déferlement d'académisme et de longs-métrages façonnés pour l'occasion. Cette année, Invincible, le deuxième film réalisé par Angelina Jolie, est malheureusement de ceux-là.

       Si le film n'a pas été retenu dans les grandes catégories de la course aux statuettes, il se présente tout de même comme le candidat idéal. Dès les premiers plans, Invincible s'affiche d'emblée comme une fresque imposante, où la Grande Histoire va devenir le théâtre d'un destin individuel, ici celui de Louis Zamperini. Un schéma vu et revu dans divers biopics ou films de guerre, auquel Angelina Jolie n'apporte rien de nouveau. Sa réalisation extrêmement classique emballe rarement, surprend très peu. Malgré quelques jolis plans qui se battent en duel, les rares bonnes idées ne sont jamais exploitées jusqu'au bout et l'audace manque à l'appel.

                                                             Unbroken_07

       L'ampleur visuelle n'est donc pas au rendez-vous, ce qui vient souligner un autre problème majeur : celui d'un scénario quasi-inexistant. Invincible ne s'attache au final qu'à décrire platement la survie de ce personnage peu charismatique, que ce soit sur les pistes d'un stade sportif, dans un canot de sauvetage ou enfermé dans un camp japonais. Une accumulation de situations longues et assez inertes qui s'étendent sur près de deux heures vingt ! C'est à se demander ce que les frères Coen sont venus faire dans cette histoire... Aucun dialogue ne vient d'ailleurs combler ces béances scénaristiques : chaque parole prononcée – et il y en a très peu – ne l'est qu'à titre informatif. Une façon pour Jolie de plonger ses personnages dans un silence imposé, qui accentue l'effet pathétique et la victimisation des protagonistes.

       Un statut de martyr qui ne sied pas du tout à Jack O'Connell, véritable bête sauvage que Jolie s'est attachée à dompter. Ce rôle de héros à la force morale surhumaine détonne complètement des précédents personnages campés par l'acteur britannique. Il manque chez ce Louis Zamperini un paradoxe, une complexité qui permettrait à O'Connell de s'épanouir pleinement. Angelina Jolie ne s'attarde d'ailleurs que rarement sur le visage de son comédien, par peur de laisser échapper un brin d'énergie positive qui aurait pu redonner vie à son film. La personnalité de Jack O'Connell y est biaisée, son jeu est écrasé par le montage, mais Invincible aura au moins le mérite de révéler cet acteur passionnant aux yeux du grand public.

       Pour son deuxième essai, Angelina Jolie rate le coche. Manichéisme, patriotisme et morale religieuse suffisent peut-être pour concourir aux Oscars, mais un spectateur avisé ne pourra y voir que niaiserie et facilité. Si Angelina-réalisatrice a sûrement beaucoup de futurs projets intéressants en tête, il est bien triste aujourd'hui, en 2015, de voir un film conventionnel si peu téméraire.

                                                                                  unbroken

Bruce Springsteen - Tougher Than the Rest

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19 novembre 2014

2014 ★ Interstellar, de Christopher Nolan

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Another one bites the dust

       Nombreux sont les réalisateurs à rêver de voyage interstellaire. Parmi eux, Neil Blomkamp, Alfonso Cuaron et M. Night Shyamalan sont les derniers en date à s'être essayé à l'exercice intergalactique. Alors qu'Elysium et After Earth pensaient de manières différentes la façon dont l'Humanité pourrait survivre ailleurs que sur Terre, Gravity nous offrait une expérience spectatorielle unique, en nous plongeant littéralement dans le vide intersidéral et sa solitude. C'est aujourd'hui à Christopher Nolan d'entrer en apesanteur avec Interstellar, qui s'inscrit dans la lignée de ces trois films récents. Si l'ambition de Nolan est plus grande que celle des trois autres cinéastes réunis, cela ne l'empêche pas de rater le coche et de mordre la poussière.

       Interstellar part pourtant d'un postulat aussi passionnant que glaçant. L'Humanité entière étant plongée dans un nuage de poussière irrespirable, l'urgence se fait sentir. Cooper, agriculteur et père modèle, devra faire un choix. Sauver l'espèce humaine ou voir ses enfants grandir (et prendre le risque de mourir avec eux), telle est la question. Cooper choisira finalement le plus glorieux et partira explorer une faille de l'espace-temps pour trouver un endroit habitable dans cet univers immense et impitoyable. De ce point de vue, la première partie du film s'avère extrêmement captivante. Prenant pour sujet la relativité du temps, à savoir ce principe qui veut qu'une année de voyage spatial équivaut à plusieurs années terrestres, Interstellar montre les hommes dans ce qu'ils ont de plus éphémères, de plus misérables. La relation entre Cooper et sa fille Murphy telle que la dépeint Nolan devient alors déchirante, comme un tableau effroyable sur l'écoulement du temps.

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       De ce fait, Interstellar présente des éléments tragiques émouvants qui poussent le spectateur à s'interroger sur sa propre condition et sur les liens qui l'unissent à sa famille. Mais le problème majeur de Christopher Nolan, c'est son goût pour le blockbuster. Que ce soit dans Inception ou The Dark Knight Rises, l'intimité des personnages est de première importance dans l'intrigue. Mais à partir de là, pourquoi ne pas se limiter simplement à cela ? Pourquoi ne pas prendre le risque de livrer un grand film sentimental qui ne vaudrait que pour ses émotions transcendentales et ses moments de destin brisé ?

       Nolan s'affiche ici comme le centre névralgique de tout un pan du cinéma actuel. Ce cinéma-même qui, pour attirer le plus de monde dans les salles, entoure son lyrisme d'action sans saveur. Les ficelles classiques d'Interstellar l'obligent à faire appel à des stéréotypes largement éculés, notamment celui du grand méchant, celui qui viendra retarder les objectifs du héros. Durant le périple de Cooper dans l'espace et ses tribulations de planète en planète, Nolan perd de vue l'essentiel : ces pauvres humains restés sur Terre, de qui nous nous éloignons de plus en plus pour ne plus nous intéresser qu'au personnage de Matthew McConaughey et sa mégalomanie.

       Par un trop plein de moyens techniques, le cinéma actuel, et le cinéma de Nolan en particulier, se refuse de plus en plus à explorer les sentiments humains au profit d'un spectacle toujours plus impressionnant. Il faut bien admettre que la vie était tout de même plus belle lorsque le cinéma, dénué de toute performance technologique, osait mêler la petite histoire à la grande. Le principal problème des films spatiaux d'aujourd'hui, c'est qu'ils ne pourront jamais égaler le modèle du genre : La Planète des singes, chef d'oeuvre intemporel et intouchable où la relativité du temps prenait tout son sens tragique et exaltant.       

                                                                         Interstellar

Hans Zimmer - Cornfield Chase

30 juillet 2014

2014 ★ Echo, de Dave Green

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       Pour son premier film, Dave Green n'a pas choisi n'importe quelle recette : trois pré-ados, Alex, Munch et Tuck, se voient contraints de déménager, leur quartier faisant l'objet de fouilles assez mystérieuses. Pour leur dernière soirée ensemble, ils décident de s'aventurer dans le désert afin de découvrir d'où provient l'étrange signal qui fait buguer leurs téléphones portables depuis quelques jours. Perchés sur leurs vélos tout-terrain, ils dénichent au milieu des herbes sèches un petit être qu'ils baptiseront Echo, robot extraterrestre adorable qui tente de reconstituer un vaisseau pour rejoindre sa planète. Cela ne vous rappelle rien ? Vraiment ? Retour trente ans en arrière.

       Véritables films cultes depuis leurs sorties, E.T l'extraterrestre et Les Goonies ont déjà fait l'objet, pas plus tard qu'en 2011, d'un film en leur honneur nommé Super 8. Gamins à bicyclettes, couleur bleutée et monstre gentil faisaient déjà le charme de ce touchant hommage au grand Monsieur du cinéma fantastique, Steven Spielberg. Echo en remet une couche pleine de nostalgie, tout en s'éloignant du culte porté au passé. Moderne et dynamique, le film a su redonner un bon coup de jeune au genre grâce à ses acteurs spontanés, véritables enfants d'Internet connectés jusqu'au bout des ongles. Ces personnages loufoques, à la limite de l'enfance et de l'adolescence, contribuent à créer un univers geek où un simple smartphone et une connexion haut débit peuvent mener à une expédition merveilleuse.

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       A l'instar de ses aînés, Echo sait aussi se détacher du film d'aventures pour mieux se rapprocher de l'intimité de ses personnages. Ici, la technique du found-footage nous plonge au coeur de la vie de ces trois zigottos, qui découvriront les joies de l'amour, de l'amitié mais aussi les tribulations loin de leur foyer et de leurs parents. De ce point de vue, le personnage de Munch semble être le mieux travaillé. Sous ses airs d'ange et sa chevelure blonde, Reginald dit “Munch” cache un petit garçon peureux, toujours attaché aux jupes de maman et prêt à prendre toutes les précautions pour que le périple ne tourne pas au vinaigre. Le comique de situation viendra principalement de ce personnage attachant, de ses répliques un peu idiotes comme de ses crises de panique désopilantes. Tout le monde pourra se retrouver en Munch, garçonnet maladroit, sensible et authentique, même si, comme ses deux camarades, il se limite à un caractère trop stéréotypé.

       En effet, certains éléments assez téléphonés viennent brouiller ce tableau plutôt agréable. Pour commencer, l'amour c'est bien joli, mais au cinéma, ça passe toujours mieux quand ça arrive entre deux personnes magnifiques. La plus belle fille de l'école (surnommée “la mannequin” par notre indécrottable Munch), sur laquelle fantasment les trois garçons, devait forcément finir par en emballer un. Et comme nous sommes dans un film américain, elle devait aussi forcément choisir le plus “cute” des trois, à savoir Alex, petit minet brun qui ferait craquer n'importe quelle gosse de moins de 13 ans. Ensuite, le scénario, pourtant rempli de bonnes intentions et de drôlerie, a du mal à remplir la pourtant très courte durée du film (une heure trente seulement). La chasse aux trésors s'avère vite répétitive et la petite bestiole de l'espace se montre finalement trop peu pour que l'on puisse partager l'engouement des jeunes garçons à son égard.

       Au final, derrière ses airs de film mignon-tout-plein, Echo reste surtout destiné à un public adolescent en quête de divertissement estival, mais ce feel-good movie ne fera pas de mal aux adultes qui ont laissé leur innocence au placard.                                  

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OneRepublic - Counting Stars

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21 juillet 2014

1963 ★ La Planète des singes, de Pierre Boulle

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L'Odyssée de l'espèce

       Il est de ces oeuvres intemporelles qui traversent les âges sans prendre une seule ride, au propos si actuel qu'elles auraient pu être écrites hier et à la forme si fluide qu'on ne les lâche plus avant la dernière page. La Planète des singes est de celles-ci. Ecrit par Pierre Boulle en 1963, le roman mêle récit d'anticipation et observations quasi-scientifiques du personnage principal, tout en nous plongeant dans une expérience à la fois passionnante et déstabilisante pour tout être humain qui se respecte.

       Jinn et Phyllis, deux êtres à la nature non identifiée, passent des vacances de rêve dans l'espace, loin de tout monde habité. Durant cette épopée paradisiaque, ils découvrent, caché dans une bouteille quelconque, le récit peu ordinaire d'Ulysse Mérou. Ce terrien de race humaine, parti à la conquête de l'espace en l'an 2050 accompagné de ses deux comparses, Arthur Levain et le professeur Antelle, fit une découverte des plus étranges. Après deux ans de voyage spatial (qui équivalent à plusieurs centaines d'années terrestres), les trois hommes atterrissent sur la planète Soror (qu'ils baptisent ainsi pour sa ressemblance avec notre Planète Bleue), endroit où les lois de la nature semblent entièrement inversées. En effet, à travers les yeux ébahis et les mots remplis de terreur d'Ulysse, nous assistons à un spectacle peu banal : l'endroit est gouverné par des singes, tandis que les hommes sont traités comme de vulgaires animaux.

       Une fois ce constat décortiqué par notre héros, ce dernier sera enfermé dans une cage et subira divers tests scientifiques. Traité tel un cobaye, Ulysse jouera des pieds et des mains pour prouver son humanité auprès des êtres de confiance qu'il rencontrera parmi les chimpanzés, gorilles et autres orangs-outans, à savoir Zira, une jeune et charmante guenon et son fiancé Cornélius. S'ensuivent des situations saugrenues où tous les rapports de force connus ici-bas se voient mis à mal. Tout inversement fonctionne comme un coup de massue porté à notre arrogance humaine, surtout lorsque la fameuse question “Le singe descendrait-il de l'homme ?” fait son entrée en scène. De quoi contrarier notre chère théorie de l'évolution. Evidemment, l'ironie et l'autodérision prennent une grande place dans ce récit où l'horreur pourrait a priori dominer. On finit par se prendre au jeu et parfois même, par laisser échapper quelques rires (peut-être nerveux ?) devant la vision qu'ont les singes de nos pauvres personnes.

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       Mais le grand tour de force du livre, c'est de remettre en cause toutes nos certitudes et notre sentiment de supériorité intellectuelle. Pierre Boulle réussit à interroger le lecteur, à la fois sur ses comportements face à la nature qui l'entoure et face à l'avenir de l'Humanité. Que des singes traitent des hommes comme des êtres inférieurs, comme de simples objets expérimentaux, cela choquerait n'importe quel lecteur de ce livre, alors que l'inverse, dans la réalité, semble être de moins en moins un sujet sensible à réflexion. Ce que nous dit Pierre Boulle, c'est que le privilège de la conscience peut entraîner les comportements les plus cruels qui soient. Quant à l'avenir de l'homme, il semble bel et bien compromis. Lors d'une expérience scientifique sur une femme, Ulysse l'entend prononcer des paroles venues d'un autre temps : si les singes ont pris le pouvoir, c'est parce que les hommes étaient trop paresseux ; d'abord pour pratiquer les choses de la vie quotidienne ; ensuite par souci de s'affranchir des responsabilités qu'impliquent la conscience humaine ; enfin par lâcheté face à la montée de l'intelligence simienne. Ce propos incroyablement actuel fait appel à plusieurs films récents (Wall-E, I,Robot, Clones entre autres) où l'homme semble de moins en moins maître de ses moyens et s'enferme dans une oisiveté destructrice.

       Ces échos cinématographiques ne sont pas anodins puisque les diverses adaptations de La Planète des singes en sont très certainement à l'origine. D'abord porté à l'écran par Franklin J.Shaffner en 1968 et incarné par la star de l'époque Charlton Heston, le livre ne subit pas beaucoup de modifications, mais se trouve extrêmement américanisé : le héros ne s'appelle plus Ulysse mais répond au doux nom de George Taylor et le plan final maintenant culte de la Statue de la Liberté vient gentiment remplacer notre Dame de Fer nationale présente dans le livre. S'ensuit jusqu'en 1973, une série de quatre films qui formera avec le premier toute une saga aujourd'hui incontournable. L'année 2001 voit ensuite naître le remake plus que décrié de Tim Burton, où action et guerre entre espèces prennent le pas sur la dimension plus expérimentale de la chose. L'histoire, aujourd'hui mondialement connue, a récemment repris un coup de jeune grâce au prequel de Rupert Wyatt, sorti en 2011 sur nos écrans français. Film d'action plus que respectable, La Planète des singes : les origines propose une explication plausible à la disparition de l'Humanité et utilise intelligemment la motion capture, technique qui permet parfaitement de donner des traits humains au chimpanzé César. Aujourd'hui, c'est Matt Reeves qui s'y colle pour un second opus, plus de cinquante ans après la publication du livre. Intemporel, le mot est lancé.

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The Rolling Stones - Monkey Man 

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15 juillet 2014

2014 ★ Dragons 2, de Dean DeBlois

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Boy, you'll be a man soon

       Rares sont les suites qui peuvent se vanter d'avoir égalé ou dépassé leurs aînés, notamment sur le plan scénaristique. Si Pixar a réussi le pari de réaliser une trilogie parfaite avec Toy Story, Dreamworks, le vilain petit canard de l'animation, n'y est jamais vraiment parvenu. Après quatre Shrek très inégaux (en passant par le décevant spin-off Le Chat Potté), trois Madagascar pop-mais-pas-top et deux Kung-Fu Panda purement commerciaux, le studio se devait de remonter en selle rapidement. Avec Dragons 2, Dreamworks n'a pas choisi n'importe quel destrier pour s'envoler au sommet.

       Nous retrouvons Harold et son fidèle compagnon Krokmou (toujours aussi craquant) pour de nouvelles aventures hautes en couleurs. Désormais sur l'île de Berk, les humains et les dragons vivent en harmonie, n'en déplaise au grand méchant de l'île voisine, le fameux Drago PoingSanglant. Harold et Krokmou s'engageront alors dans une guerre qui mettra leur amitié et leur confiance mutuelle à rude épreuve. Pour préserver la prospérité qui règne sur les terres de son père, Harold devra trouver les bons alliés pour combattre le mal et surtout, prendre les rênes en mains pour enfin devenir un homme, un vrai.

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       Ce parcours initiatique donne d'abord lieu à un spectacle des plus époustouflants. Les effets numériques (pas toujours gracieux chez Dreamworks) prennent ici leur envol. L'odyssée de nos deux héros est portée par une beauté graphique et des trouvailles visuelles encore jamais vues dans les productions du studio. L'univers médiéval sait se montrer désopilant (on ne se lassera jamais de ces pauvres petits moutons et leur air hébété) et extrêmement dynamique, mêlant le sport local (la course de dragons, évidemment) aux traditions des vikings. Au milieu de ces images virevoltantes, une merveille fait son apparition : un immense dragon blanc aux airs de kaiju, force tranquille majestueuse, nous transperçant littéralement de son regard bleu vif. Cette créature hypnotique pourrait bien hanter nos rêves et nos cauchemars les plus étranges, à l'instar du dieu-cerf de Princesse Mononoké.

       La comparaison avec Miyazaki ne s'arrête pas là. Si les paysages et le nid de dragons se laissent admirer avec une nostalgie encore toute fraîche (c'est que le vieil Hayao nous manquerait déjà !), le propos semble bel et bien flirter avec celui du Voyage de Chihiro. Les deux films partagent un fort intérêt pour ce passage délicat qu'est l'adolescence : Harold, comme Chihiro, ira de découvertes en déchirements et devra passer par une épreuve sans égale pour pouvoir accéder à cette chose obscure et irréversible qu'est l'âge adulte. La transition se fait plus brutale que chez Miyazaki mais n'en perd pas pour autant son lyrisme. C'est ici que le film d'aventures se mue en mélodrame familial, le lot d'émotions livré avec.

       Grâce à ce sentimentalisme nouveau (peu présent dans le premier film), Dragons 2 s'élève au rang de slendeur universelle, touchant tous les âges et toutes les sensibilités. Et il fallait s'en douter, une suite est déjà prévue pour 2016. Espérons pour ce prochain film qu'Harold marche dans les pas d'Andy, le garçon de Toy Story, pour nous rappeler que, même le cap de l'adolescence passé, un enfant est encore présent en chacun de nous. Pour l'instant ce qui est certain, c'est que dix ans après son premier sequel (Shrek 2 en 2004), Dreamworks a enfin trouvé la voie de la maturité.  

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Imagine Dragons - On Top of The World

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24 juin 2014

2014 ★ Jersey Boys, de Clint Eastwood


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Big Boys Don't Cry

       Clint Eastwood. Un grand nom dans le paysage cinématographique actuel. Personnage mythique, cow-boy éternel, figure néoclassique : Clint Eastwood a traversé les générations et s'est imposé comme l'un des cinéastes contemporains les plus importants. Seule ombre au tableau : depuis Gran Torino, son dernier film majeur, le réalisateur enchaîne les productions médiocres, voire totalement ratées. Avec Invictus, Au-delà et J.Edgar, le cinéaste n'a pas su convaincre, si bien qu'une vague de désintérêt semble désormais s'abattre sur lui et son cinéma. Malheureusement, Jersey Boys, première comédie musicale eastwoodienne, ne déroge pas au coup du sort.

       Adapté d'un spectacle de Broadway, Jersey Boys présente l'histoire méconnue de quatre garçons des rues devenus stars de la chanson à la fin des années 1950, les Four Seasons. Prolongeant sa volonté néoclassique, Eastwood retravaille les codes du film de gangster et du musical, avec le sérieux qu'on lui connaît. Mais voilà, il semblerait que le néoclassicisme ait perdu de sa splendeur, et que Jersey Boys soit le film le plus représentatif des limites de ce pan du cinéma. Face à la veine post-moderne, le désarroi se fait sentir et les intentions d'Eastwood paraîssent aujourd'hui bien ternes. Comment traiter avec sérieux ce qui a déjà été tourné en dérision auparavant ? Comment ne pas penser, devant les scènes d'enregistrement, à cette scène maintenant culte où George Clooney et John Turturro chantent dans O'Brother des frères Coen ? Mais surtout, comment ne pas songer à toute l'oeuvre de Brian De Palma, où tout est ridicule et sublime à la fois ?

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       En effet, face au grand Brian, Clint paraît un peu dépassé par son temps. Tandis que les Four Seasons se produisent sur scène dans Jersey Boys, notre esprit divague et revoit défiler la kitschissime séquence d'ouverture de Phantom of the Paradise, où les fictifs Juicy Fruits se dandinnent avec dérision, les cheveux gominés et la clope derrière l'oreille. Chez Eastwood, les mimiques des jeunes chanteurs, leurs voix aigues et leurs coiffures d'époque paraissent immédiatement ringardes, tout bonnement parce que le second degré n'est pas de la partie. Pour ce qui est du film de gangster, la reprise du genre semble un peu pâlotte, et même le légendaire Christopher Walken ne parvient pas à incarner une figure convaincante, ni à faire oublier Al Pacino dans les fameux Scarface et L'Impasse.  

       Pourtant, tout était réuni pour sauver le film du naufrage : casting de jeunes premiers attrayants et charismatiques (mention spéciale à John Lloyd Young et Erich Bergen), morceaux musicaux mélodieux et émouvants (on y apprendra même que le groupe est à l'origine de la fameuse chanson Can't Take My Eyes Off Of You) et histoire attachante. Autant d'ingrédients remarquables et savoureux. Mais l'apathie dans laquelle toutes les scènes se déroulent couplée aux adresses impromptues des personnages aux spectateurs donnent au film une ambiance flottante et saugrenue. Clint pousse même ses tics néoclassiques à l'extrême : lors d'une virée en voiture, la scène est tournée en studios, un faux paysage défilant à l'arrière-plan. Cet hommage aux vieux trucages des studios hollywoodiens classiques est peut-être louable, mais le résultat est bien hideux. Seule l'éternelle et sublimissime photographie de Tom Stern, ami et collègue de longue date de Clint, parvient à donner une valeur esthétique à l'ensemble.

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       Le film s'envole tout de même, à dix minutes de la fin, au bout de plus de deux heures laborieuses. Vingt-cinq ans après la séparation du groupe et le début de la carrière solo du leader Frankie Valli, les quatres vedettes se retrouvent le temps d'une soirée en leur honneur. Affichant maintenant des visages ridés et des dos courbés, les compères se produisent une dernière fois sur scène, en repensant à leur jeunesse révolue. Cette nostalgie est bien évidemment celle de Clint lui-même, sentiment qu'il a déjà mis en scène plusieurs fois à travers ses films. Le destin et l'histoire du cinéaste se dessinent à la fois dans le regard de ces jeunes garçons pleins d'espoir et dans celui de ces vieillards qui ont connu désillusions et regrets. Le message devient d'autant plus fort lorsque l'on repense à l'apparition de Clint, sur un écran de télévision dans une chambre d'hôtel où les Four Seasons résident, jeune et pétillant dans l'un de ses premiers rôles dans la série Rawhide, lui aussi porté par des rêves de grandeur et de gloire.

       Si cette tristesse récurrente n'est pas aussi poignante que lorsqu'il se met en scène lui-même (comme dans Million Dollar Baby ou Space Cowboys, entre autres), elle résonne comme un démon du cinéaste, qu'il exploite et exorcise depuis plusieurs années déjà. Tel un Alain Resnais américain, Eastwood prépare son testament cinématographique tout en touchant aux angoisses universelles. En somme, Jersey Boys est un nanar poussiéreux durant cent-vingt minutes mais s'impose comme un bouleversant chef d'oeuvre de dix minutes sur sa fin, où la postérité et les erreurs de jeunesse s'embrassent pour mieux former l'essence de toute une vie.

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The Four Seasons - Sherry

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22 juin 2014

2014 ★ The Rover, David Michôd

 

 

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L'homme des hautes plaines

       Dans un désert post-apocalyptique australien, toute trace d'humanisme semble avoir disparu. Après une Chute mystérieuse que nous annonce le premier carton-titre, seules l'animosité et la violence règnent en maîtres sur un monde stérile et sans loi, où les êtres humains ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes et sont prêts à tous les sacrifices pour survivre. Alors qu'il sera tranquillement assis dans un bar, un homme sans identité ni histoire se fera dérober sa voiture par une bande de criminels qu'il prendra en chasse dans le but de récupérer son seul bien.

       L'ambiance de The Rover se pose d'emblée comme lancinante et oppressante : à travers des plans épurés, des dialogues rares et la musique électrisante de Colin Stetson, le film installe une atmosphère en suspens, qui n'a d'égale que celle des westerns spaghettis. Même lorsque Robert Pattinson fredonnera le jovial Pretty Girl Rock de Keri Hilson, chanson qui aurait pu nous permettre de respirer quelques instants, la pression sera encore bien présente et rendra la suite d'autant plus suffocante. Avec une séquence d'ouverture accrocheuse, quelque part entre Duel et Boulevard de la mort, le film nous embarque dans une odyssée âpre et fatale, où la lenteur se fait suspense et la chaleur pénible. Au bout de quelques minutes seulement, le personnage anonyme de Guy Pearce sort de ses bottes d'homme ordinaire pour se montrer plus redoutable qu'il n'y paraît.

       Sa froideur, portée par le stoïcisme d'un Guy Pearce inébranlable, rend a priori le personnage antipathique. Avec le panache et la quiétude d'un cow-boy, il n'hésite pas à descendre quiconque se met en travers de son chemin, à éliminer chaque obstacle qui l'éloigne de son but. Le film prend alors une tournure misanthrope, où chaque figure peut disparaître en l'espace d'une seconde. L'absurdité de ces multiples fusillades se voit renforcée par deux séquences : l'une où Guy Pearce tire sur un homme de petite taille sans crier gare, l'autre où Robert Pattinson abat une enfant à travers une porte. Ce déferlement de sauvagerie est si rapide et si glacial que l'horreur de l'acte n'en est que plus grande.

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       Mais au cours de ce périple suintant, l'étranger rencontrera Rey, interprété par un Robert Pattinson au regard délirant. Le jeune homme, dont le frère fait partie du gang voleur, aidera tant bien que mal son comparse dans sa course effrénée. Si les deux compagnons se montreront dans un premier temps hostiles l'un envers l'autre, leur animosité disparaîtra progressivement pour laisser place à un humanisme insoupçonné. Un tantinet attardé, Rey n'aura en tête que de retrouver son frère et, lorsque l'étranger l'aura sorti d'une situation délicate, jouera des pieds et des mains pour lui rendre la pareille. Notre John Doe, lui, alors qu'il sera en train de confesser les meurtres de sa femme et son amant, avouera au même temps regretter de ne pas avoir eu à purger sa peine.  

        Dans ce futur inquiétant, la mort ou l'emprisonnement paraissent pourtant plus doux qu'une vie où l'argent se fait rare et où toute tentative d'harmonie est réduite à néant. L'Homme-sans-nom, n'ayant plus rien à perdre, a décidé de vivre au jour le jour, poursuivant ses recherches à ses risques et périls. Dans cette ode anticapitaliste, il paraît donc bien étrange que le personnage, sans raison apparente, passe littéralement tout le film à courir après une chose matérielle. Le véritable motif de cette quête ne sera révélé qu'à la toute fin, redorant le blason de cet individu sombre et silencieux, finalement seul homme parmi les loups, finalement seule âme parmi les corps.

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Keri Hilson - Pretty Girl Rock

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25 mai 2014

2014 ★ Charlie Countryman, de Fredrik Bond

Bona

 Bons baisers de Bucarest

      Bande-annonce tapageuse, affiche colorée, casting alléchant : tout, dans la promo de Charlie Countryman, nous promettait un film étrange, dynamique, enchanteur, dérangeant. Une fois dans la salle, nos attentes sont directement déçues : le thriller romantique qu'on espérait est bien plus classique qu'étrange, bien plus amorphe que dynamique, bien plus assommant qu'enchanteur. Nous aurions pourtant tort de ne voir en ce film que la somme de nos désillusions et de ne pas le juger pour ce qu'il est réellement. Malheureusement, une fois nos grandes espérances laissées de côté, le film n'en est pas meilleur pour autant.

       Après la mort de sa mère, Charlie rencontre le fantôme de cette dernière, qui lui fait part de son ultime volonté : pour une raison obscure, elle veut que son fils voyage à Bucarest. Le jeune homme se lance alors à corps et à coeur perdus dans l'aventure, sans se douter des rencontres (tantôt heureuses, tantôt infortunées) qui l'attendent. Ce périple initiatique s'avère très vite ennuyeux, alors que Fredrik Bond s'acharne à vouloir insuffler de l'action, du suspense et de la douceur dans ce qui aurait pu former un mélange explosif. Au lieu de cela, le manque de savoir-faire de Bond (c'est son premier film, sachez-le) perd le spectateur dans une bouillie sans nom : nous ne savons plus si nous sommes dans un thriller, une romance ou un drame profond et nous finissons par ne nous attacher à aucun des trois genres.

                                                         © Bona Fide Productions

       Les acteurs ne parviennent pas non plus à rattrapper ce gloubi-boulga apathique. Shia Labeouf, qui aurait pu être étonnant dans ce rôle d'écorché vif et de victime désabusée, adopte un jeu complètement aseptisé et ne décolle jamais. Aussi inexpressif que les robots de Transformers, l'acteur reste figé dans une torpeur compréhensible : il ne sait pas ce qu'il est venu faire là (surtout après être passé chez Lars Von Trier), et on se le demande bien aussi. Evan Rachel Wood, elle, ne convainc jamais dans la peau du personnage de Gabi, jeune fille roumaine aux cheveux rouges. Son accent forcé sonne toujours faux et ses airs de Kristen Stewart (avec plus de charisme, quand même) ne font qu'affaiblir la légitimité de sa présence, surtout aux côtés d'un grand acteur tel que Mads Mikkelsen.

       L'acteur danois s'impose immédiatement à notre regard : les muscles saillants et le regard sombre, il parvient à donner de la consistance au personnage de Nigel, simple bonhomme purement guidé par ses instincts animaux, dont la conduite n'est dictée que par la jalousie que Charlie lui inspire. Si l'acteur s'en sort à merveille et vole la vedette à nos deux jeunes gens, il est pourtant loin d'être bien exploité par son réalisateur. Fredrik Bond n'a clairement pas compris qu'en passant après des films tels que La Chasse ou Michael Kohlhaas (ou même la série Hannibal), il semble irrémédiablement ringard d'employer Monsieur Mads Mikkelsen dans un rôle de méchant si peu subtil, manquant diablement d'élégance et de paradoxes.

                                                                 © Koch Media

       Car le problème est bien là : le film manque de finesse. Si quelques moments de grâce naissent de l'amourette hasardeuse entre Charlie et Gabi (que le cinéaste sait enrober de tendresse et d'attention), le reste n'est que gros sabots et vulgarité. Tel un Gaspar Noé raté, Bond filme une scène de défonce avec les pieds, ajoutant divers effets spéciaux et autres détails absurdes (un oeil au fond d'une cuvette de toilettes), tout ça pour montrer qu'à Bucarest, c'est quand même l'éclate. Mais voilà, qu'on soit fêtard ou intello, les soirées roumaines telles que les montre Bond ne donnent pas envie, surtout parce qu'on ne s'y marre pas. Dans cette sombre histoire hiératique, on aurait quand même aimé rire, ne serait-ce que l'espace d'une réplique bien placée, histoire de détendre un peu l'atmosphère.  

     En voulant trop en faire et en montrant déjà une grande assurance, Fredrik Bond ne s'est pas contenté du strict minimum et a manqué sa cible. Dans le même thème d'un enfant anéanti par la mort d'un parent, Zach Braff, avec Garden State, nous avait pourtant prouvé qu'il était possible de faire un film minimaliste, intime et totalement touchant sans pour autant se planter. Comme quoi il ne suffit pas de s'appeler Bond pour être un agent spécial du septième art.

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M83 - Intro (ft. Zola Jesus)

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20 mai 2014

2014 ★ May in the summer, de Cherien Dabis

MAY IN THE SUMMER PHOTO3

Portrait de femme

       May est une jeune et jolie Palestinienne vivant aux Etats-Unis, carriériste et amoureuse de Ziad, son fiancé musulman non pratiquant. Sa mère, de confession chrétienne, désapprouve leur futur mariage alors que le sien a déjà volé en éclats. Accompagnée de ses deux sœurs cadettes Jasmine et Dalia, May profitera de ses vacances dans son village natal pour se livrer à la fois à une bataille contre les ferveurs de sa matriarche et à un éloge de la femme moderne.

       Pour son deuxième long-métrage, Cherien Dabis se met elle-même en scène dans le rôle de May, à travers lequel elle jouera des pieds et des mains pour exprimer son désir d'émancipation un brin autobiographique (et deux brins narcissique). Sorties en boîte de nuit, achat de lingerie fine, consommation d'alcool : tous les moyens sont bons pour crier au monde entier, et surtout à sa famille conservatrice, qu'une femme contemporaine se moque bien des préceptes religieux. Cette détermination s'avère malheureusement trop schématique pour être complètement plausible. Dans l'esprit de Dabis, une Arabe anticonformiste parle forcément l'anglais et doit soit ignorer les hommes, soit les écraser si elle veut devenir indépendante. Autrement dit, une femme digne de ce nom au Moyen-Orient a intérêt à être délurée (voire infidèle), homosexuelle ou célibataire pour ne pas se faire manger toute crue par les mâles dominants, tous injustement représentés dans le film comme d'éternels salauds.  

     Si les considérations (pourtant nobles) de Cherien Dabis sont sûrement primordiales pour faire évoluer les mentalités de l'autre côté de la Méditerranée, un œil occidental ne peut y voir qu'une accumulation de clichés (comment ne pas pester devant la facilité d'une scène où une fille se fait siffler dans la rue ou, pire, devant un homme qui s'est remarié avec une femme deux fois plus jeune que lui ?) et une histoire finalement trop lisse qui aurait pu gagner en mordant s'il elle n'avait pas été si superficielle.

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20 mai 2014

2014 ★ Le Promeneur d'oiseau, de Philippe Muyl

© Envisions Films, Stellar Mega Films Ltd & Pan Eurasia Films

Rendez-vous en terre inconnue

       Quelque part en Chine profonde, un vieil homme vit tranquillement avec son oiseau de compagnie, entouré de verdure et d'air frais. A Pékin, dans un appartement qui semble à l'autre bout du monde, une fillette joue sur sa tablette dernier cri, sa fenêtre donnant sur des rangs de buildings à perte de vue. Le grand-père et la petite-fille vont se retrouver en pleine nature le temps de quelques jours, pour apprendre à se connaître et pour partager leurs valeurs personnelles.

       En 2002, Philippe Muyl nous enchantait déjà avec Le Papillon, une histoire simple et romanesque d'un homme âgé parti à la recherche d'un monarque de nuit, l'Isabelle. Le personnage campé par Michel Serrault emmenait la jeune Elsa découvrir les joies de la nature et de la vie en plein air, cette dernière étant délaissée par une mère irresponsable. Ici, Renxing, enfant pourrie-gâtée dont les parents sont rarement présents, se retrouve dans les pattes du vieux Zhigen et ne facilitera pas le but qu'il s'est fixé. Dans Le Papillon, Michel Serrault se devait de trouver une espèce rare pour honorer la promesse faite à son fils décédé. Le Promeneur d'oiseau présente Zhigen dans une quête similaire, celle de libérer son oiseau devant la pierre tombale de son épouse.

 

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       Dans ce conte romantique, la nature semble a priori l'objet d'une ode quasi-miyazakienne. Les splendides paysages verdoyants, les bestioles en tous genres (buffle énorme, oiseaux multicolores, chenilles poilues...) et l'exotisme chaleureux donneraient à n'importe quel occidental l'envie de boucler ses valises sur le champ pour s'envoler dans ce coin de tranquilité. La solitude, le souffle du vent et les hautes herbes nous semblent bien plus réconfortants que le bruit et la fureur de la ville pékinoise. Le Promeneur d'oiseau résonne en premier lieu comme une invitation au voyage loin de nos habitudes, qu'elles soient quotidiennes ou bien cinématographiques.

 

       On pourrait alors penser qu'opposer campagne et urbanisme relèverait de la plus simple idiotie, vue et revue cent fois au fil des films. Pourtant, Philippe Muyl ne se limite pas à de simples antagonismes. Dans cette fable mignonnette, la technologie et la nature se côtoient et se complètent. En ne faisant ni l'éloge ni la critique de l'un ou de l'autre, le réalisateur tente de montrer la cohabitation des deux univers, comme pour prôner une possible harmonie entre deux éléments à priori contraires. Ainsi, nous pouvons voir le vieux Zhigen s'intéresser au smartphone de la fillette, tandis que Renxing découvre le plaisir insoupçonné de courir dans les champs ou de grimper aux arbres. Le troc final qu'effectue la petite fille dans le but de faire progresser la quête de son aïeul marque enfin une belle et poétique incitation à reprendre contact avec la vie réelle.

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       Dans cette douce expédition, les métaphores naissent à foison. Zhigen, le promeneur d'oiseau, n'est pas qu'un simple baladeur de volatiles, il se pose aussi en maître de vie. Renxing le dit elle-même, un enfant, tel un oiseau, s'envolera si on lui ouvre la cage mais reviendra toujours auprès de celui qui l'a vu grandir. La petit fille, devant ces préceptes moraux et existentiels, n'en ressort que plus humaine et plus sage. Zhigen, lui, n'aura pas seulement appris à sa petite-fille à profiter des vraies choses, mais aura aussi trouvé l'endroit ultime où passer ses vieux jours. Chacun aura su tirer parti de cette quête initiatique sans oublier de penser à son prochain.

       “Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux. Regardez-les s'envoler, c'est beau”, disait Pierre Perret. Philippe Muyl nous livre le même message, avec autant de poésie et de simplicité. Cela peut paraître d'une naïveté enfantine, mais pour sa première production sino-française, le réalisateur prouve au monde entier qu'un film sentimental peut être réussi sans être schématique, ridicule ou condescendant. D'une manière généreuse, Philippe Muyl donne une très grande leçon d'humilité à tous les réalisateurs qui prétendent faire des films tendres sans une bonne dose de sincérité.

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Pierre Perret - Ouvrez la cage aux oiseaux

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